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Cette affiche portant le nom de Sophie Calle nous a finalement conduit au Sakip Sabanci Müzesi, qui n’était mentionné dans aucun de nos deux guides. Plus au nord de la ville, nous avons découvert des quartiers élégants. Des jolies et cossues maisons de bois semblaient y prendre le soleil, en bord de mer, à côté de quelques boutiques chics. Ce matin là, des terrasses bondées et chauffées (sur chaque siège, une petite couverture brodée au nom des enseignes promettait en plus de couvrir les jambes ou les épaules des plus frileux) accueillaient une foule joyeuse, profitant de copieux petits déjeuners proches de « nos » brunches du weekend. Le musée, son architecture, ses salons, son jardin, sa terrasse, sa vue, ne dénotaient pas. Du tout. Le lieu seul justifie le prix très raisonnable du billet, avoisinant les quatre euros.

Quelle est votre image de la beauté ? En 1986, Sophie Calle posait cette question à des personnes aveugles de naissance. Le premier homme interrogé lui parla de la mer. L’exposition For the Last and First Time offre un prolongement, profondément ancré à Istanbul, à cette expérience. J’ai notamment lu que l’artiste avait été inspirée par un des mythes de création de la ville, appelée alors « cité des aveugles ». Cela l’a amenée à traiter à la fois de cécité et de la ville dans la première partie de ce projet.

The last image

Dans cette section, l’artiste française questionne 13 Stamboulioutes non-voyants : quelle est la dernière chose qu’ils se souviennent avoir vue ? Certains sont nés aveugles, d’autres le sont devenus. Le texte de leur réponse accompagne leur portrait, réalisé par Sophie Calle, qui met également en scène et en images les événements confiés. Rien de spectaculaire ni de beau (au grand désespoir d’un groupe de touristes français traversant les salles le verbe haut et narquois, et heureusement pour nous au pas de course). C’est simplement bouleversant de simplicité et de force.

Voir la mer

Il est encore question de regard dans le deuxième volet de l’exposition. Et plus précisément de la première fois où plusieurs habitants d’Istanbul découvrent la mer. Immigrées d’Anatolie, ces personnes ont rejoint la ville-monde pour y chercher un nouvel avenir. « Aliens in the city », elles y vivaient sans voir la mer l’entourer. Rencontré avec l’aide de la municipalité d’Esenler, ce groupe a déclenché l’impulsion artistique de Sophie Calle.

Celle-ci prend ici la forme de dix écrans diffusant des vidéos en gros plans, filmées par Caroline Champetier. On découvre ces hommes, ces femmes et ces enfants de dos. Pas de paroles. Juste le bruit de la mer. Et des mains qui s’écartent pour laisser s’ouvrir des yeux que l’on ne découvrira qu’après de longues minutes, lorsqu’ils ou elles se retourneront. Avez-vous déjà réalisé à quel point une nuque peut être porteuse d’émotions ? Elles m’ont peut-être encore plus touchée que ces beaux et profonds regards, amusés ou émus, sur lesquels se clôturaient les séquences. Un dernier salon présente un groupe d’enfants découvrant la mer… c’est vivant, espiègle et joyeux. Note légère et touche presque finale de cette humaine exposition, des citations du projet de 1986, Les aveugles, prenant ensuite congé du visiteur.

The most beautiful thing I ever saw is the sea, the sea going out so far you lose sight of it.”

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4 réflexions sur “For the Last and First Time.

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