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Un titre pareil sur la couverture d’un bouquin de photographie ne pouvait qu’attirer mon attention… Son auteure, Pascaline Marre, photographe parisienne dans la veine du reportage, y raconte ses nombreux insuccès à vendre son travail. Au fil des pages et avec un certain humour, elle parvient à mettre au jour la raison de sa véritable frustration : « une inadéquation entre ses aspirations inspirées par ceux qui ont écrit les belles pages des 50 glorieuses de la presse illustrée et la vision courte des rédactions aujourd’hui. » 

Le principe de chapitrage utilisé (« Le cadre », « Le sujet », « La presse », « Se vendre ») sert son propos. Il sert aussi de prétexte à présenter des images de plusieurs de ses projets. J’avoue que la démarche globale me séduit plus que les photos elles-mêmes (exception faite de la photo de couverture qui me plaît particulièrement). J’ai l’impression qu’ainsi détachées de leur série ou de leur cadre de reportage, elles peinent à se suffire. La publication de son livre en mars 2011 aux éditions (belges) Husson a été suivie d’une exposition à Paris et il aurait été intéressant et complémentaire de les y redécouvrir.

J’aime par ailleurs beaucoup la réflexion que ce livre autorise sur le travail (a fortiori personnel) et sa valeur économique et morale, sur ce qu’il est encore possible de mettre en place ou d’inventer en dehors, contre ou même grâce à des systèmes sinistrés économiquement et/ou philosophiquement. Pour synthétiser les réponses contradictoires qu’elle a reçues, Pascaline Marre rassemble sur une même page deux extraits d’entretiens avec des rédacteurs en chefs. Entre « faites votre sujet et revenez nous voir » et « si on avait voulu faire ce sujet, on l’aurait fait », chacun a trouvé une raison de refuser son travail. Le véritable enjeu serait donc de comprendre et d’adopter le raisonnement et la motivation qui l’ont poussée à le poursuivre. Loin d’une obstination bornée à ne pas regarder les choses sous un angle nouveau. Loin aussi d’une course à l’idée bon marché mais rentable immédiatement.

Alors bien sûr il faut manger. Et reconnaissons-le, peu nombreux sont ceux qui vivent confortablement de leur passion. Personnellement, je vis actuellement avec les miennes, au quotidien, ici, au sein de mon atelier photo, dans mes projets associatifs et festivaliers. C’est une chance. C’est aussi un réel investissement. Et peut-être que je tiens trop à ces jolies choses pour prendre le risque d’en faire des métiers. En tout cas pour l’instant. Car je persiste à penser qu’il reste de la place pour des projets professionnels différents, porteurs de sens, à la fois culottés et posés, solidement et courageusement construits, se positionnant lucidement par rapport aux marchés, honnêtement vis-à-vis de la société. Et parfois même au service de celle-ci. Ne pas négliger les libertés qu’il nous reste est une des meilleures façons de les défendre.

P.S. : En parlant d’Utopie et de side project, demain soir à Liège, je vais voir Silicon Ballet en concert. Si j’étais vous, je viendrais aussi.

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Une réflexion sur “Mon travail n’intéresse personne.

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